jeudi 4 janvier 2007

De la non reconnaissance d'un peuple


A) La terra nullius, facteur d’assimilation

Le principe de la « terra nullius » est un principe qui a été développé lors de la colonisation. En effet terra nullius est une locution latine signifiant : terre inhabitée. L’expression se réfère à un principe du XVIIème siècle qui décrit le lieu n’étant pas réclamé par une puissance souveraine reconnue par les autorités européennes ; selon ce principe les terres n’étaient possédées par personne. James Cook en 1770 déclare l’Australie terra nullius et, au nom de la couronne britannique s’appropria les terres aborigènes en dépit des recommandations du colonial office et du roi Georges III. Ce principe a entraîné une exploitation et une tentative d’annihilation de la population aborigène. La terra nullius en Australie à tout d’abord permis de faire de ce territoire une colonie pénitentiaire afin de désengorger les prisons britanniques. En effet le 18 janvier 1788, le capitaine Arthur Philip débarque a Botany Bay avec 759 prisonniers et l’australie servira de colonie pénitentiaire jusqu’en 1858 (150 000 prisonniers y avaient été envoyés). Ce principe de terra nullius a entrainé une forte réduction de la population aborigène, celle-ci selon un recensement effectué en juin 2001 ne représenterait actuellement plus que 2 % de la population australienne.
Ces chiffres s’expliquent par la politique d’assimilation entreprise après la politique de la terra nullius par les colons britanniques puis par le gouvernement australien. L’assimilation est une forme d’acculturation qui entraine la disparition totale des éléments culturels d’origine et l’intériorisation complète de la nouvelle culture. Cette politique s’est traduite en Australie, selon les territoires, par une interdiction d’effectuer les cérémonies religieuses aborigènes.

B) Les mesures d’assimilation entraînent la naissance de la « génération volée »

Entre 1910 et 1970, plus de 100.000 enfants aborigènes ont été enlevés de force ou sous la menace à leurs familles par la police ou les officiers de santé publique. La plupart étaient âgés de moins de 5 ans. Ils sont connus sous le nom de « générations volées ».
La plupart des jeunes enfants ont été élevés dans des institutions religieuses ou dans les institutions d'Etat. Quelques uns ont été placés dans des familles blanches ou adoptés par des parents blancs.

Le début du 20e siècle est marqué par l'enlèvement des enfants "half-caste". A cette époque, plusieurs ordonnances d'état permettent à l'administration australienne d'enlever les enfants métis à leurs familles et de les placer dans des institutions.
Le but de cette entreprise est de supprimer la culture aborigène du continent australien.
Les institutions sont souvent dirigées par des religieux qui inculquent aux enfants une éducation blanche. Pour atteindre cet objectif, les enfants sont soumis à des règles strictes et subissent, en cas de désobéissance, des punitions morales et physiques humiliantes. En 1997, un rapport d'enquête intitulé "Bringing them home" révelait à l'ensemble des Australiens ces pratiques du passé. Ce rapport contient plus de 700 témoignages accablants de personnes déracinées et abusées. Les auteurs précisent que ces pratiques ont continué juqu'aux années 70 et qu'elles ont touché entre 1 pour 3 et 1 pour 10 enfants aborigènes de toute l'Australie.



Parallèlement, la mise en place de réserves pour les adultes a assuré une certaine protection des aborigènes contre les abus des prospecteurs miniers. A cette époque, les campements aborigènes sont tolérés sur les propriétés d'élevage mais à condition de fournir une main d'œuvre bon marché. Les salaires sont payés en sachet de thé, farine et sucre. L'introduction de cette alimentation étrangère entraîna l'apparition de maladies nouvelles pour les aborigènes comme le diabète ou l'obésité. D'autre part, la nourriture traditionnelle ayant presque disparu, les aborigènes sont obligés de voler du bétail pour se nourrir. En réponse à ces vols, la police et les colons blancs organisent des massacres qui resteront gravés dans les mémoires. Celui de Conniston (1928), situé à l'est de Yuendumu, dura plus d'une année et fit officiellement 17 victimes. En réalité, c'est une tribu entière qui fut rayée de la carte de la région. Le résultat de ces rapports violents se retrouve dans les chiffres de la population aborigène : en 1933, le nombre d'aborigènes est au plus bas et ceux de Tasmanie sont définitivement exterminés. Les défenseurs de la cause aborigène emploient le terme génocide pour parler de cette période dramatique.